En manière et en défaut d’introduction…
… profession de foi écrite à l’envers
« Je voudrais faire un Livre qui dérange les hommes, qui soit comme une porte ouverte et qui les mène où ils n’auraient jamais consenti à aller, une porte simplement abouchée avec la réalité. »
Antonin Artaud, L’Ombilic des Limbes
L’on dit que le chemin le plus court entre deux points, c’est la ligne droite. Que cela soit vrai sur le papier, nul n’ira le contester : il me semble cependant que le réel tapi derrière ma fenêtre s’accommode assez mal de ces grandes vérités géométriques… D’abord, les points ça n’existe pas – en dehors des manuels de l’enseignement secondaire -, du moins ne sommes-nous jamais bien sûrs de l’endroit où ils se trouvent. Si nous marchons à leur rencontre, c’est d’un pas circonspect, zigzaguant entre les possibles, craignant à chaque instant de dépasser ce « quelque chose » vers lequel nous pensons nous diriger. Insensiblement, les trajectoires deviennent des courbes, et les points, des métaphores ; nous nous surprenons à multiplier les errances. Notre cheminement épouse naturellement la forme du tourbillon, ou de ce grand entonnoir dans lequel le poète florentin déverse, cercle après cercle, toute la glaise noire de l’humanité. Voici l’homme enfin perdu, enfin libéré de la tyrannie du sens…
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Je suis de ces âmes collectionneuses qui aiment à réunir des objets pour le seul plaisir de les voir briller, les unes contre les autres, dans la pénombre d’un grenier virtuel. L’idée n’est pas d’entasser ces objets – ces œuvres -, mais plutôt de les « déplacer », afin que dans un contexte différent, livrés à une réalité nouvelle, ils s’offrent pareils et méconnaissables à la fois, dans un climat d’irréductible étrangeté. Je veux traquer l’Inédit jusque dans le quotidien, sous toutes ses formes ; ne laisser aucun répit aux mots de tous les jours. Ce n’est pas la vérité des gens sérieux qui m’intéresse : je lui ai toujours préféré les histoires de sorcières…
J’envisage ce « blog » – le mot me dérange – cet espace virtuel, comme une anthologie de l’esprit ou une invitation à la nonchalance. Faire découvrir les œuvres de jeunes artistes qui, peu importe le domaine dans lequel elles s’exercent, viennent problématiser notre rapport au monde, exciter notre imagination : tel est mon objectif principal. Je veux que toutes les branches de la création, que tous les supports de la pensée humaine se tordent et se rencontrent afin que puisse naître un véritable dialogue entre des êtres provenant d’univers radicalement différents. Je veux qu’en ouvrant cette page, chacun ait l’impression de glisser imperceptiblement vers l’Ailleurs et d’être pris tout entier dans un piège qu’il ne comprend pas. Que l’on se demande au plus profond de soi : « Que vais-je découvrir ? Serai-je déçu ? ». Enfin, au lecteur curieux qui se demanderait encore à quoi il a affaire ici, je répondrais simplement :
Ici, nous (re)pensons le monde.
Il va sans dire que ce projet dépasse de loin mes seules forces : c’est pourquoi je vais vous mettre à contribution. Que vous soyez passionné d’écriture, de musique, de graphisme, de cinéma etc… ou que vous aimiez simplement réfléchir sur l’actualité : toutes les disciplines de la pensée nous intéressent et tout le monde peut participer au projet Explosante-fixe, que ce soit en commentant un article ou en en soumettant un à la publication dans n’importe quelle catégorie du blog. Ceux qui recevront le rang d’ « Auteur » bénéficieront quant à eux d’une liberté d’expression et de publication absolue (notez cependant que les paroles d’un auteur n’engagent, de fait, que lui). Je vous offre Explosante-fixe comme tribune d’expression, comme espace de dialogue : aidez-moi à le faire vivre avec vos textes et vos idées et nous tâcherons de créer ensemble, chacun pour le compte de sa propre solitude, une œuvre monstrueuse et multiforme qui nous ressemble.
Cette communauté signe maintenant son acte de naissance sous le signe de la toute-puissance de l’imagination : Explosante-fixe est là. « Là », avec toute l’imprécision que cela comprend, « là » comme une démangeaison, un présent qui dérange. « Là » comme l’on peut dire du beau temps qu’il est là : moins pour renseigner sur sa localisation que pour s’assurer de son existence. « Là » comme une erreur.
Goldmund
